Québec et Canada · Services en français et en anglais

Immigration francophone : comment Ottawa veut attirer plus de francophones

Ottawa vise 12 % d’immigrants francophones hors Québec d’ici 2029. Entrée express, Mobilité francophone, programmes pilotes : ce qui change pour vous.

Immigration francophone : comment Ottawa veut attirer plus de francophones

Immigration

Le gouvernement fédéral veut accueillir davantage d’immigrants d’expression française — et il le fait avec des cibles chiffrées, des rondes d’invitations réservées et des millions de dollars. L’objectif officiel : que 12 % des nouveaux résidents permanents installés hors Québec soient francophones d’ici 2029. Voici comment Ottawa s’y prend, ce que ça change concrètement pour les candidats, et le point que beaucoup de gens au Québec ignorent.

Pourquoi Ottawa mise sur le français

La Loi sur les langues officielles engage le gouvernement fédéral à rétablir et à accroître le poids démographique des communautés francophones en situation minoritaire : l’Acadie, le Nord de l’Ontario, Saint-Boniface au Manitoba, les francophones de l’Ouest. Pendant près de deux décennies, l’ancienne cible de 4,4 % n’a pas été atteinte, un échec que le Commissariat aux langues officielles a relié au recul du français hors Québec.

Pour IRCC, est francophone toute personne dont le français est la seule langue officielle, ou la langue officielle dominante si elle est bilingue.

Les cibles : de 8,9 % en 2025 à 12 % en 2029

  • 2024 : 7,2 % des admissions de résidents permanents hors Québec
  • 2025 : 8,9 %, soit plus de 29 500 personnes, pour une cible de 8,5 % — la quatrième année de suite où l’objectif est atteint ou dépassé
  • 2026 : 9 %, soit 30 267 admissions (cible ferme)
  • 2027 : 9,5 %, soit 31 825 admissions (cible indicative)
  • 2028 : 10,5 %, soit 35 175 admissions (cible indicative)

Une nuance compte : le plan précédent prévoyait 9,5 % pour 2026 et 10 % pour 2027. Les pourcentages ont donc été légèrement revus à la baisse, même si le nombre de personnes continue d’augmenter. Le gouvernement maintient son engagement d’établir une cible de 12 % d’ici 2029.

Les cinq leviers concrets

1. Entrée express : la catégorie « compétences linguistiques en français »

C’est le principal moteur. Depuis 2023, IRCC tient des rondes d’invitations réservées aux candidats qui atteignent au moins le NCLC 7 dans les quatre compétences en français, au TEF Canada ou au TCF Canada. Plus de 81 000 candidats ont été invités par cette catégorie entre 2023 et février 2026.

L’écart de pointage est spectaculaire. En 2026, les rondes francophones ont eu lieu à des seuils de 382 à 435 points, contre 507 à 523 pour la catégorie de l’expérience canadienne. La plus récente, le 16 octobre, a invité 5 000 candidats à partir de 435 points : c’est la onzième ronde francophone de l’année, pour 55 500 invitations depuis janvier.

S’y ajoutent des points supplémentaires dans le Système de classement global : 25 points pour un NCLC 7 en français, et 50 points si l’anglais atteint aussi le niveau 5 dans les quatre compétences.

2. Les programmes provinciaux : 5 000 places réservées

Pour 2026, Ottawa a réservé 5 000 places fédérales permettant aux provinces et aux territoires de nommer des candidats francophones, en plus de leurs allocations habituelles du Programme des candidats des provinces. Plusieurs provinces ont aussi des volets réservés aux francophones ou qui les favorisent.

3. Mobilité francophone : un permis de travail sans EIMT

Un employeur hors Québec peut embaucher un travailleur francophone sans étude d’impact sur le marché du travail. Le travailleur doit démontrer un NCLC 5 en compréhension et en expression orales, et l’emploi peut appartenir à presque toutes les catégories FEER, sauf certains emplois agricoles primaires. L’employeur soumet l’offre dans le Portail des employeurs d’IRCC, sous le code de dispense C16.

4. Deux programmes pilotes

Le Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones, lancé en janvier 2025, ouvre une voie vers la résidence permanente dans six communautés du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique, à partir d’une offre d’emploi d’un employeur local.

Le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire facilite l’obtention d’un permis d’études pour des étudiants francophones d’Afrique, du Moyen-Orient et des Amériques, avec une voie vers la résidence permanente après le diplôme. Son taux d’approbation tourne autour de 65 %, contre 34 % en 2023 pour l’ensemble des étudiants d’Afrique et du Moyen-Orient. Il a été prolongé jusqu’en août 2027.

5. L’accueil et le financement

Ottawa finance 24 Communautés francophones accueillantes, et le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 consacre 217,4 millions de dollars sur cinq ans à l’immigration francophone. Le 29 septembre 2026, la ministre Lena Metlege Diab a annoncé environ 1,2 million de dollars de plus pour trois projets : le recrutement en santé, en éducation et en petite enfance à Terre-Neuve-et-Labrador, le jumelage entre employeurs et candidats en Saskatchewan, et la campagne « Osez le Nord » pour le Nord de l’Ontario.

Vous vivez au Québec ? Lisez ceci avant de postuler

Toutes ces cibles portent sur les admissions hors Québec. En vertu de l’Accord Canada-Québec, c’est le Québec qui sélectionne ses immigrants économiques. Une demande fédérale d’Entrée express suppose donc l’intention réelle de s’établir dans une autre province.

IRCC vérifie cette intention : destination déclarée, liens avec la province, documents à l’appui. Un agent qui n’est pas convaincu peut refuser la demande. Déclarer une intention qu’on n’a pas n’est pas une astuce : c’est une fausse déclaration, qui peut entraîner une interdiction de territoire de cinq ans.

Une fois résident permanent, la Charte garantit la liberté de s’établir partout au Canada. Mais le choix doit être sincère au moment de la demande. Si vous voulez rester au Québec, votre voie passe par la sélection québécoise : le PSTQ par Arrima, ou le PEQ, ouvert jusqu’au 31 octobre 2026. Le nouveau gouvernement du Parti québécois promet par ailleurs de relever les exigences de français : voyez ce que son élection change.

Qui a le plus à y gagner

  • Les travailleurs qualifiés francophones à l’étranger, notamment en Afrique francophone et en Haïti, qui visent le Nouveau-Brunswick, l’Ontario ou l’Ouest canadien.
  • Les résidents temporaires au Québec prêts à s’installer dans une communauté francophone d’une autre province pour un emploi.
  • Les personnes bilingues : avec 50 points supplémentaires, l’anglais devient un multiplicateur.
  • Les étudiants francophones qui envisagent un collège ou une université francophone hors Québec.

Dans tous les cas, le premier réflexe est le même : passer le TEF Canada ou le TCF Canada. Sans résultat de test valide, aucun de ces avantages ne s’applique.

À surveiller : le plan des niveaux 2027-2029

Le prochain plan fédéral des niveaux d’immigration est attendu d’ici le 1er novembre 2026. Le premier ministre Mark Carney a évoqué une future « augmentation contrôlée » de l’immigration, sans avancer de chiffres. Pour les francophones, la question est simple : Ottawa confirmera-t-il 9,5 % pour 2027 et 10,5 % pour 2028, et fixera-t-il enfin la cible de 12 % promise pour 2029 ? Nous ferons le point dès sa publication.

Sources

  • IRCC — Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration, « Immigration francophone », 4 mai 2026 (cibles, mesures, Accord Canada-Québec)
  • IRCC — communiqué du 19 janvier 2026, « Le Canada dépasse son objectif d’immigration francophone en 2025 »
  • IRCC — communiqué du 29 septembre 2026 sur le Programme d’appui à l’immigration francophone
  • IRCC — critères du Système de classement global; permis de travail Mobilité francophone
  • CIC News — ronde d’invitations francophone du 16 octobre 2026
  • Affaires universitaires — prolongation du programme pilote pour les étudiants, 1er septembre 2026
  • Bulletin de l’immigration, Immigrant Québec, octobre 2026

Cet article présente de l’information générale et ne constitue pas un avis juridique.

Le français est votre meilleur atout ?

Nous évaluons votre profil — Entrée express, programmes provinciaux ou sélection québécoise — et nous vous indiquons la voie la plus réaliste pour vous.

Réserver une consultation

Une question sur votre propre dossier ?

Cet article donne une information générale et ne remplace pas un avis juridique. Nous collaborons avec des cabinets juridiques et des avocats autorisés lorsque des conseils juridiques ou une représentation sont requis.

À lire aussi