Immigration · Actualités
Le Parti québécois a remporté les élections générales du 5 octobre 2026 et formera un gouvernement minoritaire, avec 59 sièges sur 127. L’immigration a été l’un des thèmes centraux de la campagne, et le PQ a promis d’en réduire sensiblement les volumes. Voici ce qui a été promis, ce qu’un gouvernement minoritaire peut réellement faire, et ce qui ne change pas du jour au lendemain.
Les résultats en bref
- Parti québécois (Paul St-Pierre Plamondon) : 59 sièges, 28,0 % des voix
- Parti libéral du Québec (Charles Milliard) : 40 sièges, 24,2 %
- Parti conservateur du Québec (Éric Duhaime) : 19 sièges, 20,7 %
- Québec solidaire (Ruba Ghazal et Sol Zanetti) : 9 sièges, 12,4 %
- Coalition avenir Québec (Christine Fréchette) : aucun siège, 13,4 %
Il faut 64 sièges pour gouverner seul. Avec 59, le PQ devra s’entendre avec au moins un autre parti pour faire adopter ses lois. Le taux de participation a été d’environ 67 %. C’est aussi la première élection de l’histoire du Québec où aucun parti n’a dépassé 30 % des voix, et la Coalition avenir Québec, au pouvoir depuis 2018, perd l’ensemble de ses sièges.
Ce que le PQ a promis en immigration
Selon la plateforme présentée pendant la campagne :
- Immigration permanente plafonnée à 35 000 personnes par année, contre 45 000 actuellement ;
- Immigration temporaire réduite de moitié, avec une cible de 250 000 à 300 000 résidents temporaires ;
- Travailleurs étrangers temporaires limités à 40 000 par année ;
- Étudiants étrangers limités à 50 000 ;
- Exigences du PEQ renforcées ;
- un moratoire sur l’immigration permanente de l’extérieur du Québec : les étudiants et travailleurs qualifiés déjà sur place seraient priorisés pour la sélection permanente ;
- des exigences de français plus élevées dès l’arrivée.
Pendant la campagne, Paul St-Pierre Plamondon a insisté sur le fait que ses critiques visaient les politiques des gouvernements précédents, et non les personnes immigrantes : « Jamais le Parti québécois ne va blâmer des personnes qui deviennent québécoises », a-t-il déclaré.
Ce que proposaient les autres partis
- CAQ : maintenir le seuil permanent à 45 000 jusqu’en 2029 et ramener l’immigration temporaire à 375 000 à 450 000 résidents.
- PLQ : un seuil permanent entre 45 000 et 70 000 selon les besoins de main-d’œuvre, sans réduction de l’immigration temporaire, et un rapatriement au Québec du contrôle de l’immigration temporaire.
- Québec solidaire : porter le seuil permanent à 70 000, rétablir intégralement le PEQ et créer un PEQ régional, et demander à Ottawa d’abolir les permis de travail fermés.
- PCQ : régionaliser l’immigration en laissant les municipalités et les MRC déterminer leur capacité d’accueil, privilégier les pays « démocratiques » dans la sélection, réduire l’immigration dite « non économique » et revoir les services offerts aux demandeurs d’asile.
Minoritaire : qu’est-ce que ça change réellement ?
C’est la question la plus importante, et la réponse est nuancée.
Les volumes d’immigration ne sont pas fixés par une loi soumise au vote. En vertu de la Loi sur l’immigration au Québec, c’est le ministre qui établit le plan annuel d’immigration, à partir d’orientations pluriannuelles approuvées par le gouvernement après une consultation en commission parlementaire. Le plan annuel est déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le 1er novembre de chaque année, ou dans les quinze jours suivant la reprise des travaux si l’Assemblée ne siège pas.
Concrètement, un gouvernement minoritaire dispose donc d’une marge de manœuvre réelle sur les seuils, même sans majorité. Les orientations pluriannuelles 2026-2029 ont toutefois été adoptées par le gouvernement précédent en novembre 2025 ; les modifier en profondeur passerait normalement par un nouvel exercice de consultation.
Ce qui exige une loi, en revanche, exige des alliés. Le PQ et Québec solidaire totalisent 68 sièges, de quoi former une majorité. Mais sur l’immigration, les deux partis défendent des positions opposées : le PQ veut baisser le seuil permanent à 35 000, QS veut le porter à 70 000. Toute réforme législative de l’immigration devra composer avec cette tension.
Enfin, une partie importante des décisions reste fédérale : c’est Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada qui délivre les permis d’études et de travail et accorde la résidence permanente. Le Québec, lui, sélectionne (CSQ) et délivre le CAQ.
Ce qui ne change pas tout de suite
- Les règles en vigueur continuent de s’appliquer tant qu’elles n’ont pas été officiellement modifiées. Une promesse électorale n’est pas une règle.
- Le nouveau gouvernement n’est pas encore assermenté, et aucune nouvelle orientation n’a été annoncée.
- Les échéances existantes tiennent toujours. Si vous êtes admissible au PEQ selon les conditions actuelles, la fenêtre de dépôt ferme le 31 octobre 2026 : ce n’est pas le moment d’attendre de voir.
Ce que ça pourrait vouloir dire selon votre situation
Vous êtes déjà au Québec (études, PTPD, permis de travail)
Le moratoire promis par le PQ viserait l’immigration permanente de l’extérieur du Québec et priorise explicitement les personnes déjà sur place. Si cette promesse était appliquée, votre profil serait relativement avantagé — mais dans un volume total plus petit et avec un PEQ plus exigeant. Le français et l’expérience de travail québécoise prendraient encore plus de poids.
Vous êtes à l’étranger et visez la résidence permanente
C’est le profil le plus exposé. Un moratoire sur la sélection permanente de l’extérieur signifierait, en pratique, passer d’abord par un statut temporaire au Québec — études ou travail — avant de pouvoir être sélectionné.
Vous êtes étudiant international ou travailleur temporaire
Les plafonds promis (50 000 étudiants, 40 000 travailleurs du Programme des travailleurs étrangers temporaires) rendraient les places plus rares, et le niveau de français pourrait devenir un critère dès l’entrée.
Notre lecture
Rien n’oblige à paniquer, mais tout invite à ne pas reporter ce qui peut être fait maintenant. Les premiers signaux concrets viendront du prochain plan annuel d’immigration. D’ici là, les dossiers déjà admissibles selon les règles actuelles ont intérêt à être déposés selon les règles actuelles.
Sources
- Résultats de l’élection générale du 5 octobre 2026 — données préliminaires d’Élections Québec, rapportées par Le Devoir et Radio-Canada
- « Immigration » — Toutes les promesses des partis, La Presse, 10 septembre 2026
- « Le PQ promet une diminution “significative” de l’immigration », La Presse, 29 août 2026
- Loi sur l’immigration au Québec (RLRQ, chapitre I-0.2.1), article 5 et planification pluriannuelle
- Planification pluriannuelle de l’immigration 2026-2029, gouvernement du Québec
Cet article présente de l’information générale à partir des engagements électoraux et des règles en vigueur au 6 octobre 2026. Il ne constitue pas un avis juridique. Les engagements d’une plateforme ne deviennent des règles qu’une fois officiellement adoptés.
Votre dossier est-il concerné ?
Nous faisons le point sur votre situation, vos échéances et ce que vous avez intérêt à déposer dès maintenant, selon les règles actuelles.